Nous avons Madame, ouï-dire
Qu'on vous induit en tentation.
Et que des moments de délire
Assouvissent vos passions.

Nous redoutons en cet affaire
Vous voir sombrer dans le péché
Et que Satan de son enfer
Ne manipule vos pensées.

Il nous faut donc, non pas sans blâme
Vous semoncer sévèrement
Car votre vertu et votre âme
Nous tiennent à cœur évidemment.

Nous nous devons d'intervenir
Et avec vous en discuter
Entre les draps, il va sans dire
Dans la plus stricte intimité.

Et là nous découvrirons
Sans faire outrage à la vertu,
Que quelque part sous l'édredon
Est votre planche de salut.

Car il ne faudrait pas, Madame
Qu'un fruit si tendre, mais défendu,
Qui nous exalte et nous enflamme
Flétrisse à la branche, pendu.

Ma chère Madame, on vous absout
Car ne serait plus grand péché
Que de refuser ses atouts,
Ces attributs, si convoités.

Tous ces attraits qui nous désarment
Vous ont désormais introduite
Dans nos rêves, car votre charme
Nous a si gentiment séduits.

LETTRE A MADAME